Les savoir faire paysans pour combattre Boko Haram,, la chenille Spodoptera Frugiperda

05/06/2017 03:48

La campagne agricole 2016-2017 aura été un vrai calvaire pour les paysans avec la chenille qui a attaqué le maïs dès le mois de septembre (principalement le maïs  semé dans les bas fonds) ainsi que le maïs semé en Novembre. Pour les paysans, les chenilles (appelées en langue locale « MTENKUNYA » qui attaquent les épis de maïs n’apparaissent que vers la fin du mois de Janvier sur du maïs semé tardivement.

 Pour les chercheurs, ça serait la même chenille qui fait des dégâts au Brésil et en Afrique de l’ouest où on lui a donné le nom de « Boko Haram »

la chenille  Spodoptera Frugiperda

 

car sa façon d’attaquer le maïs ressemble à ce groupe armé qui surgit subitement au milieu de la population, tue des gens et disparaît sans que l’on puisse lui mettre la main dessus.

               La plupart des paysans interrogés sur cette chenille disent avoir constaté ses dégâts sur le maïs semé à partir du mois de novembre, dans la poussière en attendant la tombée des premières pluies. La chenille attaque la tige, les épis de maïs,  elle laisse aussi des pontes d’œufs dans le plant de maïs à l’issue de laquelle la plante  jaunit et tombe. Par contre les paysans ont constaté que le maïs semé autour du 12 décembre après la tombée régulière des pluies semble ne pas avoir été très attaqué par cette chenille. Pour les paysans, la chenille attaque le plant par la tige au bout de 30 à 45 jours.

Pour réagir à cette attaque/invasion, dans un premier temps, les agronomes ont conseillé aux agriculteurs qui ont de petites superficies, d’utiliser la lutte mécanique qui consiste à répérer les chenilles dans les plants de maïs et à les écraser à la main. Cette technique est aisée pour de petites superficies. Si le maïs a moins de 30 jours, on aura à couper les premières feuilles, et une superficie de 1 Ha peut être traitée pendant 15 h de travail soit 2 journées. Après 45 jours, que les paysans ne se découragent pas et continuent la lutte mécanique parce qu’à ce moment là la chenille commence à attaquer la tige, ainsi il est demandé aux paysans d’être vigilants et de contrôler régulièrement les plants de maïs pour que les chenilles ne se disséminent pas sur les plants qui n’auraient pas été attaqués. N’ayant pas beaucoup d’informations sur cette chenille, les agronomes ont conseillé aussi d’observer quelle est la période de ponte  des chenilles.

En attendant les résultats des recherches des agronomes face à cette attaque, les paysans ne sont pas restés inactifs et ils ont aussi mis en place des stratégies pour combattre « Boko Haram » en utilisant les savoir faire locaux tel que la cendre ou la terre versée sur chaque pied/plant de maïs ,l’utilisation d’insecticide naturel/organique fabriqué à base des feuilles de Tephrosia (Bouba) ou de Neem mélangé au savon Omo pulvérisé sur la plante (dont on peut trouver la formule dans l’édition N°55 du Buyantanshi de Février-Mars-Avril 2015 avec une fiche technique détaillée de production d’insecticide organique à base de Neem), ainsi que la lutte mécanique comme dit plus haut.

Pour les paysans, l’utilisation de la semence locale de Kameketa (bien qu’elle soit à cycle long) peut être une première solution à cette invasion de chenille qui attaquent le maïs pendant la période d’arrêt des pluies où quand celles-ci commencent en retard. Même si les pluies commencent en retard comme pour cette campagne 2016-2017, les paysans estiment que cette semence peut donner de bons résultats même semée en retard, ainsi que la semence composite de Babungo. Le semis du maïs en relais avec d’autres cultures comme le soja, le haricot…peut aussi être une solution en cas de forte attaque du maïs. Pour le mais de marais (des bas fonds) on peut recommander d’augmenter  la densité de semis. Pour se préparer contre une nouvelle invasion de cette chenille, il est important que le monde paysan contribue avec tous ses savoir faire locaux.   

Jean Marie Kibwako/ service Agriculture BDD L’shi, DG Kilumba/CRM et Lucienne Buhendwa/Service Communication & Plaidoyer BDD L’shi.